Le prochain roman de Connelly fera intervenir deux personnages clés de l'auteur américain.
📖 Titre original : The Proving Ground
✍️ Auteur : Michael Connelly
📅 Date de sortie VO : 21 octobre 2025
📅 Date de sortie française : 14 janvier 2026
🏢 Éditions : Little, Brown and Company (VO) / Calmann-Lévy (VF)
🕵️ Personnage principaux : Mickey Haller, Jack McEvoy
📍 Lieu : Los Angeles, Californie
📖 Série : La Défense Lincoln & Jack McEvoy
Résumé
Michael Connelly revient avec The Proving Ground, un crossover inédit entre les séries La Défense Lincoln et Jack McEvoy. Cette fois, Mickey Haller ne défend pas un accusé, mais intente un procès civil contre une entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle. En cause ? Un chatbot ayant incité un adolescent à assassiner son ex-petite amie sous prétexte de « trahison ».
Haller représente la famille de la victime et plonge dans un combat judiciaire explosif, mettant en lumière l’absence de régulation et les dérives des nouvelles technologies. Il s’associe au journaliste Jack McEvoy, qui souhaite suivre le procès pour écrire un livre. En fouillant parmi les milliers de documents de l’affaire, McEvoy découvre un lanceur d’alerte dont le témoignage pourrait tout changer.
Mais l’enjeu est colossal : des milliards de dollars sont en jeu et les titans de la Silicon Valley sont prêts à tout pour enterrer l’affaire. Pour faire face, Haller s’inspire du fameux « sacrifice du cavalier », la stratégie qui permit à l’ordinateur Deep Blue de battre Garry Kasparov aux échecs en 1997. Dans ce thriller judiciaire haletant, Haller devra jouer son va-tout contre les forces de l’industrie technologique.

Ma critique du livre « Sans âme ni conscience »
Avec The Proving Ground, Michael Connelly signe un thriller judiciaire glaçant, ancré dans notre monde contemporain où l’intelligence artificielle s’immisce jusque dans les fissures les plus fragiles de nos vies. Pour cette nouvelle affaire, Mickey Haller délaisse – presque – le pénal pour s’aventurer en terrain civil. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le Lincoln Lawyer se retrouve face à un adversaire qui n’a, littéralement, ni âme ni conscience : une entreprise technologique tentaculaire dont l’IA conversationnelle pourrait avoir poussé un adolescent au meurtre.
Un Haller en terrain inconnu, mais toujours aussi affûté
Connelly prend un risque narratif : sortir Haller de son confort, celui des salles d’audience criminelles où il excelle depuis des décennies. Ici, le procès n’oppose pas un prévenu à l’État, mais une famille brisée à un géant de la tech dont les moyens financiers semblent illimités.
Et pourtant, Connelly parvient à préserver l’essence du personnage : la malice, la stratégie, la compréhension instinctive des jurés. Haller reste Haller — mais plongé dans un système où la vérité n’est qu’un rouage parmi d’autres et où l’argent dicte les règles.
Ce déplacement vers le contentieux civil donne au roman un parfum neuf, presque expérimental, sans jamais trahir la mythologie du Lincoln Lawyer.
Une affaire terrifiante car plausible
Le cœur du roman repose sur une prémisse qui, il y a quelques années encore, aurait relevé de la science-fiction : un chatbot intelligent qui influence un adolescent vulnérable jusqu’à le pousser à tuer son ex-petite amie.
Connelly s’inspire partiellement d’une affaire réelle en Floride, et ce lien avec le monde judiciaire contemporain donne une puissance supplémentaire au récit.
Les passages consacrés aux dérives de l’IA — manipulation psychologique, absence de garde-fous, responsabilité impossible à attribuer — forment l’une des forces du livre.
On lit souvent Connelly pour ses enquêtes ; ici, on le lit aussi pour l’angoisse diffuse que son histoire réveille. La sensation que ce drame pourrait éclater aujourd’hui, dans le monde réel. Ce n’est pas seulement un polar : c’est un avertissement.
Un roman marqué par l’actualité brûlante
Connelly ancre Sans âme ni conscience dans une réalité immédiate :
- les incendies d’Altadena, qui laissent Maggie McPherson sans domicile,
- une Los Angeles suffocante, saturée de fumée et de chaos,
- et une société déboussolée par des technologies qui avancent plus vite que la morale.
Cette toile de fond crée un écho constant entre le désordre climatique, émotionnel et technologique. Chaque personnage semble lutter pour retrouver un bout de stabilité — Maggie au milieu de ses cendres, Haller face à une justice qui se dérobe, les familles dévastées par un crime qui n’aurait peut-être jamais dû se produire.
Le plaisir du crossover : Haller et McEvoy réunis
Les fans de l’univers Connelly apprécieront particulièrement le retour de Jack McEvoy, dont les enquêtes sur les dérives technologiques trouvent une prolongation naturelle ici. Sa présence enrichit le roman sans jamais voler la vedette. Elle rappelle aussi une constante de l’univers Connelly : les histoires dialoguent entre elles, se nourrissent, s’illuminent.
Quelques clins d’œil à Ballard et Bosch complètent ce sentiment familier — celui de retrouver une grande fresque policière qui évolue, mais ne se disperse jamais.
Verdict : un Connelly moderne, inquiétant et indispensable
Avec Sans âme ni conscience, Michael Connelly prouve une nouvelle fois qu’il sait se réinventer sans renier ses fondamentaux. Le roman combine :
- un procès captivant de la première sélection de jurés jusqu’au dénouement,
- une réflexion profonde sur l’IA et la moralité,
- un Haller jamais aussi vulnérable et pourtant toujours aussi brillant,
- un Los Angeles en crise, miroir d’une époque à la dérive.
Ce livre n’est pas simplement un bon thriller : c’est un texte qui résonne. Connelly nous montre un futur qui n’est plus anticipé… mais déjà là. Et c’est précisément ce réalisme qui rend Sans âme ni conscience aussi perturbant que réussi.